Récif de voyage

Préface

Elle est partie ailleurs, j’ai voyagé là.

Chap 1 Un au revoir

Quand l’amie s’éloigne le cœur se serre
L’âme caresse alors l’absence
Alchimie mystérieuse
Celle-ci devient présence
L’âme peut alors partir joyeuse
Avec son amie en bord de mer.

Chap 2 Le voyage

Je voyage par les yeux et les mots de mon aimée
Les paysages qui se font plus nus
La lumière plus crue
Roubaix aux portes de la méditerranée.

Chap 3 Décalage

Tes yeux en voyage m’invite à un pas de côté
Nos mots dansent à contre-temps mais pas à contre-sens
La distance distord les secondes
Seules nos âmes jouent à l’unisson.

Chap 4 Les fantômes

Il est un temps où l’absence devient fantômes
Une odeur, le froissement d’un vêtement
Contractions de l’espace et du temps
Venus du passé, leur présence annonce l’avenir
Celui du retour de l’être aimée.

Chap 5 Le retour

La brèche ouverte se referme
Emportant bruits et fureur
Chaque chose retrouve sa place
Le temps sa course rituelle
Tout est pareil et pourtant si différent
Jusqu’au prochain départ.

Post-face

Si tu marches sans t’arrêter vers l’est
Tu rencontreras le soleil levant

K.

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Quatre Haïku pour le climat

#Hiver

Poussée de fièvre
Sentiment d’impuissance
La Terre halète.

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#Printemps

L’eau monte, partout;
Envoûté et sidéré,
L’abeille dans l’oreille.

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#Eté

Le colibri brise
D’un chant la chape de plomb ;
Le vent se lève.

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#Automne

Parures dorées
Embaument l’air et nos peines,
Nourrissent la Terre.

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La rencontre

Moi : Que veux-tu ?

Elle : Toi, tout entier !

Moi : Mais je ne peux pas me laisser engloutir tout entier

Elle : Alors je te prendrai morceau par morceau, comme j’ai commencé à le faire

Moi : Tu me fais penser à la mante religieuse

Elle, dans un rire profond et sonore : Pourquoi pas ?

Moi : L’autre nuit, tu es venue à moi, pourquoi ? Qu’es-tu venue faire ?

Elle : Je suis venue te faire comprendre

Moi : Comprendre quoi ?

Elle : Décidément tu es NUL, tu ne comprends rien. Ne te fâches pas, après tout tu n’es qu’un homme. Je reviendrai et nous recommencerons

Moi  : Et nous ferons l’amour ?

Elle : Et nous ferons l’Amour… un jour.


Bien plus tard, je délivrais l’homme de sa prison. Il était faible, très faible, un peu fou. Et pourtant arrivés au jardin il me dit que c’était Lui qui allait me sauver et que c’est pour cela qu’Elle m’avait conduit jusqu’à Lui.

Lettre à Stefan Zweig

Cher Stefan,

Peut-être fallait-il attendre d’avoir 40 ans pour que je te rencontre vraiment, je veux dire pas seulement lire les mots que tu avais écrits mais rencontrer l’âme qu’ils recèlent. Lors de notre première rencontre à l’automne 2010, je ne comprenais pas que le tournant de l’été 2008 n’était pas seulement marqué par une crise financière mais par une crise beaucoup plus profonde de notre société dont je me sens aujourd’hui étranger.

Un peu plus tard en 2013, la lecture de ton livre souvenirs d’un européens m’avait mis la puce à l’oreille, mais c’est le film The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson qui m’a révélé combien la crise que nous traversons n’est qu’une réplique supplémentaire du séisme d’août 1914. Séisme prédit quelques années auparavant par Nietzsche quand il envisageait le retrait du religieux de la sphère publique.

En lisant aujourd’hui tes conversations avec Erasme et Montaigne, je sais combien l’origine de la secousse est plus profonde. Et à chaque couche de compréhension du monde que je traverse avec toit c’est une voile recouvrant mes propres ténèbres que je soulève.

Pourquoi t’écrire aujourd’hui ? C’est qu’il arrive des moments où l’homme est las de descendre régulièrement en lui-même tout au fond du puits. Il lève alors la tête et dans le rond de lumière qui se détache de l’obscurité cherche les yeux d’un ami ; il espère y trouver la réponse à cette question : remonter ou rester au fond ? ou bien comme Alice choisir la disparition…

Ôte-toi de ma caverne

Ce matin la lecture d’un message de Marie m’a plongé quelques instants dans ma caverne.

Je n’ai jamais rencontré Marie, mais ce prénom plein de grâce m’invite en général plutôt à  fredonner Marie ou Maryline de Saez que l’International ou la Marseillaise. Et pourtant au lieu de Vénus, elle a fait surgir dans ma caverne un certain Emmanuel qui, Nietzsche ayant tué Dieu, s’est auto-proclamé Messie.

A la décharge de Marie, je dois reconnaître qu’en bon Emmanuel, celui-ci a la capacité de s’approcher de mon âme et donc de s’inviter dans ma caverne sans me demander mon avis. Mais voilà, au projet qu’il porte en arrivant, mon âme ce soir hurle NON, pour une raison simple, c’est que ce projet érige en dogme une vision tronquée de la liberté qui conduirait tôt ou tard à la disparition de mon âme.

Jamais un homme ou une femme politique n’a fait naître en moi de rejet aussi viscéral. Ma conscience sait pertinemment que si certain(e)s prennent le pouvoir ils/elles fracasseront ma caverne pour briser mon âme, mais il me reste encore l’espoir d’un futur incertain alors que notre Emmanuel est déjà tout prêt d’elle.

Dans ce cas, pour celui qui ne recherche pas sa liberté mais poursuit inlassablement son chemin vers la liberté et la vérité, le carrefour suivant se dresse devant lui : fuir plus haut sur la montagne pour préserver cette liberté d’âme nécessaire à la lucidité, ou affronter celui qui menace cette liberté. Mais dans ce dernier cas, sa liberté ne sera préservée que s’il l’affronte sans violence.

« Même la plus pure vérité, quand on l’impose par la violence, devient un péché contre l’esprit » Stefan Zweig, Conscience contre Violence

Un sentiment d’étrange amour

C’était un de ces jours sans nuage, avec un soleil resplendissant. Un journée qui fait goûter le sentiment d’éternité. C’est alors qu’un coup de feu, un oiseau qui chante, le cri d’un enfant, un verre qui se brise, ouvre une faille dans la réalité. De l’éphémère jaillit un avant et un après.

Elle était si loin et pourtant si près. Je ne connaissais pas son corps, je tutoyais son âme. Ce matin là, en descendant le boulevard d’Armentières, j’écoutais le soleil caressant ma peau quand mon cœur s’affaissât d’un coup.

Je tenais tant à ce que vivre ou se suicider soit équivalent, ainsi tout choix devenant impossible il me fallait avancer à chaque instant en équilibre.  Le cœur suspendu, je sentis monter des profondeurs la sensation suivante : la vie valait d’être vécue parce qu’à mille kilomètre de moi elle existait.  Non pas une nouvelle croyance mais une vérité incarnée dans chaque cellule de mon corps. Il m’avait suffit d’associer la beauté de ce matin d’automne à celle des mots qu’elle parsemait au gré du vent, pour sentir que son existence seule justifiait le désir de vivre qui était en moi.

Depuis tout petit, pour me sentir vivant, j’avais tant désiré les bras d’une femme, tant aimé caresser son corps, boire son sourire, respirer ses soupirs ; et c’est seulement aujourd’hui loin de tout corps que je faisais la rencontre avec cet étrange amour, ce premier élan que j’avais connu en venant au monde et qui depuis, tapi au fond, ne m’avait pas quitté.

L’instant d’après je commençais à jouer avec ce nouveau sentiment.

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Agrippine [Fragment 1]

A Vera, pour le rôle d’Agrippine

A Paloma, pour un rôle à venir

A mon père, pour avoir su, au moment où les sorcières prononçaient le sortilège sur mon berceau, prononçait la parole suspensive « à cet instant, il aimera, au moins, le théâtre »

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Personnages : Caligula,  Agrippine sa mère, Julia Drusilla sa fille

Dans un salon, un grand feu brûle dans la cheminée, Caligula rêve allongé sur une banquette, une tasse de thé brûlant fumant sur une table à ses côtés. Julia Drusilla dort dans son berceau. Un joueur de cithare égraine doucement des notes de musique.

Entre Agrippine en trombe

Agrippine

Toi ici mon fils, que fais-tu à te vautrer sur cette banquette alors que ton sang t’appelle au dehors ?

Caligula

Je pense l’Amour, Mère.

Agrippine (se retourne interdite)

L’Amour ?

Mais que sais-tu de l’Amour pour pouvoir le penser ?

Caligula

J’en sais ce que mes expériences d’aimer m’ont appris, à commencer par mon Amour pour toi, Mère

Agrippine (avec un rire mauvais)

Tu n’en sais donc rien, tu ne peux prétendre connaître l’Amour, si tu n’as pas fait l’expérience de sa fureur. Si tu pouvais haïr comme moi, alors tu saurais ce que veut dire aimer.

D’ailleurs puisque tu dis aimer ta mère, qu’attends-tu pour venger l’affront que ton père vient de me faire avec cette putain. Après l’avoir aimé de toute mon âme, je n’ai qu’un seul désir à présent, l’envoyer chez Pluton au plus vite pour ce sentiment d’avoir été abandonnée. Qu’attends-tu pour être mon bras ? A travers moi, c’est également toi qu’il méprise.

Caligula

Je préfère me tenir loin de la fureur en général, la tienne en particulier, Mère.

Et puis j’ai acquis une certitude : nous ne sommes pas maître de nos sentiments. Si mon père ne t’aime plus, c’est comme cela. Devrait-il faire « comme si » ? S’il aime cette femme, devrait-il étouffer ce sentiment ?

En le laissant s’exprimer il te blesse, en l’étouffant il se blesse. Blesser est aussi injuste que se blesser. Alors je comprend ta fureur mais m’en tiendrait loin

Agrippine (dans un long cri)

Lâche ! Et fuyant comme ton père.

Puisque tu ne veux pas tenir ton rôle de fils, alors j’emporte avec moi ma petite-fille. Elle au moins saura écouter ma fureur et soigner la détresse qui la nourrit. Considère le don de ta fille comme une offrande pour demander pardon de ce rôle que tu ne sais pas tenir.

Caligula (se relevant)

Laisse là !

Agrippine

Si tu ne sais pas servir la fureur de ta mère, comment crois-tu pouvoir vraiment aimer une femme et sauver ta fille ?

Agrippine sort emportant l’enfant dans ses bras. Une grande toile d’araignée s’abat sur Caligula qui s’effondre à terre.

20100317